Le cinéma de genre en France

Parlons d’un sujet qui me tient à coeur: le cinéma de genre français. Ces films d’horreur/gothiques/science fiction/thriller sont laissés pour compte, même si ces dernières années, on a pu voir quelques réalisateurs émerger. Ce  genre cinématographique peine à exister, à être financé, à être reconnu et donc à être vu du public. Pourtant ce n’est pas le cas ailleurs en Europe. Les américains ont beau avoir le monopole, ils ne sont pas seuls à exceller dans ce domaine.


J’ai envie d’en parler parce que c’est un genre de film mal compris, méprisé, tenu à l’écart du cinéma français. Là où des films de ce même genre sont largement répandus aux Etats Unis (parfois même trop au point de ne proposer que des films moyens) ou en Europe comme l’Espagne (L’Orphelinat de Juan Antonio Bayona, 2008) ou l’Italie (les films de Dario Argento, 1977), en France, il est très difficile de monter un film d’horreur, un style qui dérange. Et pourtant, si l’Italie est la mère des giallos, la France est bien précurseuse dans l’histoire du cinéma de genre, George Méliès étant considéré comme le père du cinéma d’horreur (le Manoir du Diable, 1896).

À l’époque où Wes Craven a relancé le slasher avec Scream, il y a bien eu une tentative de surfer sur la vague avec le mauvais Promenons nous dans les bois de Lionel Delplanque, mais, cela a été un échec commercial.
Dernièrement, quelques réussites ont tenté de se faire connaître sur le grand écran: A l’intérieur de Julien Maury et Alexandre Bustillo, 2007, Frontières de Xavier Gens, 2008 ou encore Haute Tension d’Alexandre Aja, 2003 . Le souci, c’est que ces films sortent, sous peu de copies (de 30 à 100 pour les plus chanceux, quand des films dits « populaires » sont facilement à plusieurs centaines). Du coup, ils ne restent pas longtemps à l’affiche, car peu vus: le cycle infernal. Dans ces conditions, il est impossible de toucher beaucoup de spectateurs (A l’intérieur n’a réalisé « que » 70 000 entrées environ, Ils de Xavier Palud et David Moreau, 2006, lui a réuni 250 000 spectateurs, ce qui est tout de même très bien pour un tel film comparé à son nombre de copies).

Je vous conseille de voir un reportage de Canal +, sur le cinéma de genre en France: Viande d’origine française:

Il y a des interviews des réalisateurs cités plus haut, et il explique bien le modèle économique à la défaveur du cinéma de genre français.

Qu’on se le dise, je n’ai rien contre les comédie, drames, etc…Il y a de très bons films comme de mauvais. C’est le cas aussi dans le cinéma de genre. Mais pourquoi ne les laisse-t-on pas exister? Pourquoi les considère t-on comme un genre « bis »? De plus, les films de genre nécessite souvent de budgets importants pour avoir de bons effets spéciaux, visuels…Or, là, personne ne veut les produire, donc ces films là apparaissent encore un peu comme des essais, avec les moyens du bord. Si un film de genre français a un budget de 2 millions d’euros (ce qui est très très peu comparé à un 11 millions du Prénom d’Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte (2011).
Par conséquent, ils ont du mal à être reconnus auprès des fans de films d’horreur, qui sont habitués aux films américains. Et il faut que ça marche auprès du public pour que les producteurs acceptent de soutenir un film. Donc paradoxalement, le public, qui pourrait aider le cinéma de genre français, l’enfoncent peut être encore plus…Bon après, on ne peut pas dire que la mauvaise qualité d’un film est uniquement dû aux effets spéciaux, mais ça joue énormément auprès d’un public habitué à des effets à gros budgets.

Il ne faut pas associé le cinéma de genre à uniquement le cinéma d’horreur ou d’épouvante. En effet, Luc Besson a fait largement sa part en réalisant des films comme Nikita en 1990, Léon en 1994 ou encore Le 5é élément en 1997. Et oui, même si ces deux derniers sont tournés en anglais, leur nationalité reste française. Au delà du scénario qui ne ressemble en rien à un film policier français, ces films bénéficient d’une réalisation esthétiquement travaillée, avec des atmosphères sombres ou sous tension. Un film comme Le Pacte des Loups de Christophe Gans sorti en 2001, en fait parti. C’est un film plus accessible mais différent et malgré son succès en salle (près de 5 millions d’entrées), il n’y a pas eu d’autres films français dans cet esprit depuis. Sa réalisation notamment, et son scénario en fait pourtant un film de genre.On peut noter également Les Rivières Pourpres 1&2, films réalisés par Matthieu Kassovitz en 2000 et Olivier Dahan en 2004, même si le second est de moins bonne qualité.

Le cinéma est utilisé pour évoquer, pour proposer une réflexion sur la vie, que ça soit à propos d’amour, d’amitié, mais aussi de choses peu plaisantes comme la maladie, le décès, l’abandon, la souffrance morale…Pourquoi le cinéma n’aurait pas le droit (pire, pas d’intérêt) à évoquer la souffrance physique, les démons intérieurs, l’instinct de survie, la solidarité ou non des humains en cas de situation extrême…?
Le cinéma de genre représente une expérience forte, dans laquelle on se projette sans danger. C’est de l’adrénaline sans risques.
Il est important d’avoir accès à la diversité dans la culture. On inonde les écrans de comédies françaises ou de drames. Point. Et pourtant le cinéma de genre existe en France, il est simplement quasi invisible: Djinns de Sandra et Hugues Martin (2010), le Village des Ombres de Fouad Benhammou, Vertige d’Abel Ferry (2008), ou plus récemment Night Fare de Julien Seri (2016), et Horsehead de Romain Basset (2014), ou encore Aux yeux des vivants de Julien Maury et Alexandre Bustillo (2014). Mais le PAF (qui diffuse ensuite les films à la télé), refuse de financer ces films, donc peu de moyens, et peu de chance d’avoir des copies suffisantes pour bénéficier d’une sortie en salle.

La censure est une barrière de plus pour le cinéma de genre. Martyrs de Pascal Laugier en a fait les frais. Au départ interdit aux moins de 18 ans, après indignation, il a finalement été interdit aux moins de 16 ans. Le fait est qu’interdire aux moins de 18 ans un film, c’est le tuer avant qu’il sorte. Il est encore plus limité concernant ses diffusions dans les salles, il ne peut pas passer à la télé, ou une fois par mois à Canal…Tout simplement parce qu’il est dans la même catégorie qu’un film X. Si on veut mettre des interdictions sévères au cinéma de genre français, donnons lui des salles au moins pour le diffuser correctement…

Le cinéma d’épouvante français est tellement méprisé (malheureusement même parmi par les amateurs du genre en lui même), que les réalisateurs sont sollicités par les américains pour réaliser (principalement remaker) des films sur leur territoire. Ainsi, Xavier Palud et David Moreau (réalisateurs de Ils) ont réalisé le remake de The Eye en 2008, La FOX a acheté les droits pour remaker Martyrs, Alexandre Aja a par la suite magnifiquement remaké La colline a des yeux (2006), puis a réalisé Mirrors et récemment Pirahana 3D, et Christophe Gans a tourné Silent Hill, sorti en 2006 également.
Ce sont des films qui ont surtout une vie à l’international, et surtout on tourne un peu en rond. Le cinéma de genre fait partie du paysage cinématographique en Espagne, Italie, USA…Donc ces films sont nettement mieux accueillis.

Ce que je voudrais faire passer comme message c’est simplement que vous, amateurs.rices de films de genre, intéressez vous au cinéma de genre français. Il faut creuser un peu c’est vrai, mais regardez la programmation des festival de cinéma de genre (Festival Gerardmer, Festival Européen Film Fantastique de Strasbourg, PIFF, l’Etrange Festival etc..) et ça vous donnera des idées!

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